Susan Travers, dans l'enfer de Bir Hakeim

Année: 2017 / Durée: 52'

Réalisateur: Patrick Jeudy

En coproduction avec: CFRT (FR), RTBF (BE) et Shelter Prod (BE)

Flamboyante, héroïque, solaire, Susan Travers est de ces femmes que l’on n’oublie pas. Des yeux immenses, le front haut, le regard clair, elle a la beauté magnétique et l’énergie farouche des grandes aventurières. Pendant sept ans de 1940 à 1947, cette Anglaise élevée dans le Sud de la France, fille d’un officier de la Royal Navy, a fait la guerre en tant que chauffeur au sein des Forces des Français Libres puis en Indochine.

 

Toute sa vie, Susan Travers fut appelée « la Miss » par les légionnaires de Bir-Hakeim. « Un drôle de mec » disait-on d’elle. Respect envers cette auxiliaire courageuse qui fut la première à lancer sa vieille Ford rouillée sous les bombes de Bir-Hakeim, pour rejoindre les lignes anglaises après dix-huit jours de combat contre l’Afrika Korps et à sauver la vie du général Koenig.

 

Mais elle dût attendre l’âge de 86 ans pour être reconnue et enfin décorée de la légion d’Honneur, avant que Simone Veil plus tard ne lui rende hommage. Les « nettoyeurs » de la mémoire ont fait le ménage pour effacer les traces de celle qui aurait pu porter ombrage à la réputation de Pierre Koenig, le vainqueur de Bir Hakeim, élevé plus tard à la dignité de Maréchal de France. Il recevra tous les honneurs, de De Gaulle, des Alliés, de Rommel même. Elle ? Rien.

 

Cette femme, adjudant-chef de Légion, seule parce que la Légion n’admettait pas les femmes et elle fut l’exception, a été le grand amour du général Koenig. Faut-il qu’elle l’ait aimé cet homme bourru, bien né, soucieux des convenances, pour n’accepter de lui que les restes du repas, les lumignons éteints, les baisers furtifs cachés dans un abri et sous le regard à distance de l’officielle Madame Koenig. C’est « Back Street » qu’elle a vécu, un amour né sous les bombes... jusqu’à ces adieux cruels, bourgeois et bien-pensants : « Allons la Miss, soyons raisonnable, vous nous voyez ensemble ? »

 

 

Susan reverra une dernière fois son amour lorsque celui-ci, devenu ministre la décorera lors d’une cérémonie officielle en 1956 aux Invalides. Il aura un geste d’affection et ces mots évasifs : « on en a vécu des moments, la Miss ».